Jos Montferrand 2018-01-28T15:58:23+00:00

Jos Montferrand, un héros et un patriote

Jos Montferrand (Joseph Fabre Montferrand) est un homme légendaire né le 25 octobre 1802 dans le quartier Saint-Laurent à Montréal. Sa réputation était telle qu’une grande partie de l’Amérique du Nord l’a admiré. Il a passé sa vie dans les régions de Montréal et d’Ottawa ainsi que dans les forêts de l’Outaouais et des Hautes-Laurentides.

Tout comme son père, cet homme de grande carrure était épris de justice, n’hésitant jamais à défendre les plus faibles contre les abus. En effet, après la Conquête, les autorités anglaises méprisaient les Canadiens-français et abusaient de leur autorité, d’où plusieurs bagarres. Joseph Montferrand père a donc appris à son fils le patriotisme de même que la boxe et l’art de la savate. Jos Montferrand est donc rapidement devenu un athlète très habile.

L’honneur des Canadiens-français

L’enjeu d’une des premières batailles de Jos Montferrand était l’honneur des Canadiens-français. En effet, les Anglais avaient organisé un combat pour choisir le champion canadien de boxe et n’avaient invité aucun combattant canadien-français. Face à un choix aussi partial, Jos Montferrand a tout de suite accepté de contester la victoire d’un dénommé Coogan, un Anglais. Bien sûr, il a remporté le duel et a été proclamé champion du Canada avant même de fêter ses 18 ans!

Après quelques années passées à Montréal à traîner dans les tavernes et à combattre, Jos Montferrand s’engage pour la compagnie du Nord-Ouest, à la recherche de nouveaux défis. Son travail est bien différent de celui des autres employés. En effet, des fiers-à-bras sèment la pagaille dans les camps de bûcherons et terrorisent les pauvres travailleurs, ce qui entraîne une baisse considérable de la production. Jos est donc en charge de chasser ces «bulliers» et de ramener le calme, mission qu’il remplit d’une main de maître! Sa réputation devient si importante que ses patrons organisent des combats sans même lui en parler, ce qui lui vaut le titre de champion des cinq continents!

Scène de la bagarre à 150 contre 1 sur le pont de la Chaudière entre Bytown (Ottawa) et Hull (Gatineau).
Jos Montferrand n’hésitait pas à se battre quand quelqu’un insultait les Canadiens-français. Il devait aussi défendre son honneur lorsque des gens venaient le défier simplement pour pouvoir se vanter d’avoir vaincu la légende vivante. Jos Montferrand a toujours gagné ses combats dans ces tristes circonstances.
Plus d’une fois, il marqua le plafond des hôtels où il aimait aller se désaltérer avec ses amis. C’était en quelque sorte sa signature. Un jour dans un hôtel qu’il aimait fréquenter, il déclara à la propriétaire de l’établissement : «Voici madame, ma carte de visite : vous pourrez la montrer à vos clients : je me nomme Jos Montferrand.»

 

La carte de visite de Jos Montferrand : l’empreinte du talon de sa botte.

 

Une légende vivante

À trente ans, Jos Montferrand est déjà une légende vivante, ce qui agace grandement les «shiners». Ces protestants irlandais et autres immigrants faisant bloc avec les Anglais contre les Canadiens-français tentent alors de le tuer. Entre autres, ils tendent une embuscade à Jos sur un pont de la rivière des Outaouais (150 contre 1). Ils le forcent aussi à s’engouffrer dans les rapides de la rivière Outaouais, mais Jos Montferrand, grande force de la nature, a survécu à toutes ces tentatives d’assassinat.

Progressivement, Jos Montferrand est devenu prisonnier d’une image qui lui déplaît : presque tous les fiers-à-bras le défient! En 1834, à la veille des troubles, Montferrand prend part aux assemblées du Parti patriote dont il supporte les idées. Lorsque les combats armés éclatent, Jos, grand croyant, oblige ses hommes à réciter leurs prières. Toutefois, lorsque l’Église catholique prend position contre la rébellion des Patriotes (1837-38), Jos Montferrand se retire quelques temps.

Traumatisé par cette tragédie nationale, il change de vocation et exerce le métier de cageux. Il est alors chargé de conduire à bon port d’immenses radeaux de bois variant de 60 mètres à 1,6 kilomètre. Ceux-ci sont démontés à Québec avant d’être chargés pour l’Angleterre. Alors qu’il prend de l’âge, de jeunes fiers-à-bras continuent de défier la légende dans le but de se faire une réputation ou de consolider celle qu’ils ont déjà. Ce n’est que plusieurs années plus tard que Jos peut dire adieu à la violence et vieillir en paix.

Jos Montferrand. D’après un vieux portrait sur verre, le seul qui ait jamais été pris du Samson canadien.
Jos Montferrand vers 60 ans. Peinture de Joseph Saint-Charles. BAnQ Gatineau.
Timbre: Jos Montferrand, bûcheron légendaire.
 Postes Canada (1992).
Jos Montferrand. Œuvre du sculpteur Roger Langevin,
installée sur le site des Ponts couverts jumeaux de Ferme-Rouge, chemin de Kiamika.

Dans la même direction que le curé Labelle

Jos Montferrand, bien que n’étant pas le type de défricheur que recherchait le curé Labelle pour peupler les Cantons du Nord, n’en partageait pas moins certaines idées. Farouche défenseur des intérêts des bûcherons canadiens-français sur les chantiers, il n’hésitait jamais à se battre contre les abus ou les provocations de certains éléments perturbateurs anglais et irlandais. De plus, il appuyait ouvertement l’idée de voir les colons canadiens-français peupler tous les cantons du Nord jusqu’au Manitoba comme le souhaitait Antoine Labelle.

À défaut de coloniser lui-même, le bûcheron patriote se battait tout de même corps et âme contre les injustices subies par les siens et a contribué à ouvrir des terres nouvelles pour établir deux fermes forestières dans la vallée de la Lièvre (Wabassee et Ferme-Rouge). En ce sens, Jos Montferrand plaisait certainement au curé Labelle, dont il incarnait une facette de son projet.

Somme toute, Jos Montferrand a été un symbole sur lequel les Canadiens-français ont pu s’appuyer pendant une époque bien difficile. Il représentait la force, la vivacité d’esprit et l’indépendance des Canadiens-français à un moment ou les Anglais n’hésitaient pas à tout tenter afin de leur manger la laine sur le dos.

Jos Montferrand est décédé le 4 octobre 1864 à Montréal. Il avait atteint l’âge vénérable de 62 ans.