Drave et camps de bûcherons 2018-01-29T19:34:27+00:00

Deux métiers semblables et différents à la fois

Deux constantes traversent toute l’histoire de l’exploitation forestière des Hautes-Laurentides : les camps de bûcherons et la drave. Il s’agit d’extraire la ressource première puis de l’expédier vers l’usine. Pour ce faire, ça prend de la main-d’œuvre : les bûcherons et les draveurs, mais ne devient pas bûcheron ou draveur qui veut!

Comme les hommes disponibles pour les chantiers sont souvent occupés aux champs l’été et que les rivières sont gorgées d’eau au printemps, la coupe s’effectue tout de suite après les récoltes.

Les métiers de draveur et bûcheron sont destinés à des employés ayant des obligations différentes.

Être draveur et être bûcheron ne demandent pas les mêmes habiletés.

Bûcherons

Pour plusieurs, l’automne sonne l’heure du départ pour les chantiers. Tout l’hiver, le bois est coupé. Au printemps, les rivières sont utilisées pour faire flotter le bois. Quelques bûcherons-draveurs en profitent pour retourner chez eux avec le bois. Toutefois, certains restent dans la forêt toute l’année, soit pour entretenir les chemins et le chantier, soit pour effectuer un peu de coupe et pour préparer l’hiver.

Dans la forêt, les bûcherons deviennent souvent tellement expérimentés qu’ils repèrent eux-mêmes le bois de qualité et les sections acceptables d’un arbre. Il faut dire qu’ils avaient souvent choisi eux-même l’emplacement de leur lot de colonisation en fonction des arbres qui y étaient présents et qui trahissaient la qualité du sol à cet endroit.

À la maison comme au camp de bûcheron, les hommes savent tout faire. Isolés dans la forêt, il faut savoir combler une fringale, raccommoder ses vêtements, affiler ses outils, repérer les bons arbres, bûcher, pagayer, pêcher, survivre! Et se distraire un brin!

Le camp des patrons est un véritable château par rapport à celui des bûcherons, ce qui en dit long sur les camps des bûcherons.
Plus les compagnies sont petites, plus les camps de bûcherons risquent d’être rudimentaires. Ici, une simple toile sert de campement pour la nuit. Le bûcheron est non seulement un homme à tout faire, mais un véritable champion de la survie en forêt.
Quand ce ne sont pas les chevaux qui tirent les bagages, ce sont les chiens.
Avoir les cheveux courts est souvent
un prérequis pour éviter la propagation des poux. Souvent, l’hiver, les bûcherons se réveillent au milieu de la nuit pour nourrir le poêle à bois et pour retourner leur couverture, histoire que les poux doivent la traverser de nouveau avant d’attaquer les bûcherons.
Les bûcherons et les cuisiniers dépendent l’un de l’autre. À droite, un outil pour saisir un billot et pour l’empiler.
Les chevaux aident pour transporter le bois du camp à la rivière.
Quand on ne vient pas au camp à pied, on y vient en canot.
Dans le camp de bûcherons, mieux vaut bien s’entendre.

Draveurs

Pour expédier le bois jusqu’à l’usine, le meilleur moyen est d’utiliser la rivière. Ainsi, tous les résineux coupés sur les chantiers sont dirigés vers l’eau pendant l’hiver et le printemps les entraîne vers l’aval. Avant 1900, le bois est souvent expédié directement en Angleterre en passant par le port de Québec. Puis, avec l’arrivée des moulins à papier, leur cheminement s’arrête à l’usine pour une première transformation.

L’industrie du flottage a nécessité des équipements spécialisés et a entraîné des transformations plus ou moins durables du paysage. Tantôt, il a fallu défricher des collines, tantôt, il a fallu harnacher des cours d’eau.

Lien d’intérêt : La drave, une production de l’ONF.
Réalisé par Raymond Garceau en 1957, ce court-métrage raconte l’aventure des draveurs de la vallée de l’Outaouais, avec la voix de l’auteur-compositeur Félix Leclerc. On y reconnaît quelques draveurs ayant dravé les rivières du Lièvre et Kiamika.

Même des cours d’eau comme le ruisseau Coyle servaient à la drave. Ce ruisseau se jette dans le lac du Sourd (municipalité de Notre-Dame-du-Laus) et son niveau semble avoir été artificiellement surélevé par un barrage soit de castor, soit d’origine humaine.
Le barrage construit par Honoré Matte sur la rivière Kiamika à Val-Barrette en 1911. On y voit l’ancien pont couvert situé sur l’actuel chemin Pierre-Neveu près du moulin à scie de M. Meilleur. Même quand la saison du flottage est bien terminée, il reste toujours du bois dans une rivière où se fait le flottage.
Un embâcle sur la rivière du Lièvre à l’île Longue, entre Saint-Aimé-du-Lac-des-Îles et Notre-Dame-de-Pontmain. Face à cet embâcle de près de trois kilomètres, les draveurs devaient redoubler de prudence.
Avant l’époque des usines de papier, le bois était destiné au port de Québec, puis aux marchands anglais. Il fallait alors assembler les billots en immenses cages mesurant entre 60 mètres et 2 kilomètres environ. Ces cages devenaient le milieu de vie des cageux comme Aimé Guérin pendant des mois. Les bûcherons-draveurs autosuffisants de la forêt devenaient alors les cageux autosuffisants de la rivière des Outaouais et du fleuve Saint-Laurent.

Sur un ruisseau, le barrage fournit le volume d’eau nécessaire à la drave.

Sur les grands réservoirs, un bateau devait agir pour aider au transport du bois.

Et l’environnement?

Le flottage du bois a animé bien des débats au cours du XXe siècle. Sources de nutriments pour le poisson, l’écorce et le bois flottés sont parfois devenus un véritable problème pour la qualité de l’eau de la rivière, les matières en décomposition causant de la turbidité et créant des dépôts vaseux au fond de la rivière. Par contre, la présence de nombreuses estacades agissait souvent comme des brise-lames et protégeait les rives de l’érosion.

Ces installations servaient à faciliter la circulation des billots du lot de coupe jusqu’à l’usine appropriée. Mais pour savoir à qui appartient chaque billot, il faut identifier sa provenance par le marquage du bois à l’aide d’une étampe.

Le bateau Pythonga à l’oeuvre sur le réservoir Baskatong. Nous pouvons voir des draveurs à l’oeuvre, debout sur une estacade.

Quand plus d’une compagnie dravait une rivière, il fallait trier le bois.

La drave offrait des avantages et des inconvénients.

Les conditions de travail

Le métier de draveur était très risqué. En plus de devoir courir en équilibre précaire sur les billots, les draveurs devaient souvent avoir recours à la dynamite pour détruire les embâcles se formant en aval des rapides et des chutes. Le risque de noyade et de blessures étant élevé, les familles étaient très heureuses de voir revenir leurs hommes des chantiers.

La pratique de la drave était souvent mal vue par le clergé, en particulier à cause du cheminement de certains hommes lors du retour à la maison. En effet, il n’était pas si rare de voir un bûcheron boire la moitié de sa paie en une seule nuit dès qu’il arrivait à la première ville sur son chemin.

Les draveurs, malgré les apparences, étaient solidaires les uns des autres.

Ce n’était pas l’Église qui imposait son calendrier à la drave, mais l’inverse !